Les Éphémères
puis on vous emmène dans ces gradins pentus, qui dominent cette petite scène toute en longueur, commencent alors les éphémèresde part et d'autres de l'espace scénique, deux portes laissent d'abord entrer un courant d'air polaire (qui oblige les premiers rangs à s'emmitoufler sous des couvertures) mais surtout ces incroyables décors sous forme de plateaux roulants et en perpétuel mouvement.

le spectacle est inracontable, il nous parle de tout et de rien, de la vie, de la mort, de nostalgie, de petits courages et de grandes lâchetés, de l'enfance et de la vieillesse. ces histoires se répondent plus qu'elles en ont l'air au début... et surtout elles trouvent un échos en chacun de nous... je suis passé du rire aux larmes,
souvent
on mange sur place pendant l'entracte et ont repart pour la deuxième partie, impossible de les distinguer, d'en préférer l'une ou l'autre... elles font partie d'un ensemble... finalement je n'envisage même pas de ne pas voir les deux...
c'est une forme de théâtre qui représente l'exact opposé du spectacle que j'avais vu la veille... l'autre, où tout est basé sur le texteici tout est basé sur la vie, le fruit de longues heures d'improvisations pour amener à la création de ces petits mondes comme ils disent... minutieusement reconstitués, gorgés de détails, de bibelots, d'antiquités, d'humanité...
j'ai trouvé sur internet cette lettre qui raconte merveilleusement le spectacle mais aussi sa créatrice, sa passion pour les gens, le public, la vie et son art... je ne sais même pas à qui elle s'adresse...
Nous allons bientôt commencer. Dans un mois le public sera là. Je pourrai voir leurs visages. Nous avons incrusté des petites lumières dans les lices de la salle. Je peux voir tous leurs visages. Tous nos visages. Ils sont bien rangés. Comme pour une chorale dans un collège anglais, ou un cours à la Faculté de médecine. Une classe d’autopsie, ou un petit Parlement des Origines. De nos origines. Nichés dans notre nouvel O de bois, ils scrutent notre petite piste oblongue. Ils attendent. Je les vois. Je les crains, je les aime. Les acteurs, eux, sont encore cachés.
Je me suis beaucoup inspiré de l’architecture du décor de ton dernier spectacle. Celui que tu as joué chez nous. En plus grand. Notre famille a sensiblement plus de bouches à nourrir que la tienne.
Le spectacle s’appelle Les Éphémères. Dans le désordre. Nous levons l’ancre. (…)
Le monde explose autour de nous… et nous, nous tentons de faire un spectacle sur… sur quoi au fait ? Si je te disais que les comédiens et moi-même nous sommes retrouvés travaillant sur… presque rien. Ce presque rien que nous appelons malheur, bonheur, souvent regrets, parfois heureusement révélations. Nos petites apocalypses. Nos sillages à peine tracés que déjà disparus. Nos traces, aussi invisibles que celle d’un serpent sur le sable. Je ne sais pas pourquoi j’ai eu envie de t’écrire cette lettre. J’ai eu soixante-sept ans cette année. Je suis la plus âgée. La benjamine a vingt ans. Entre elle et moi, il y a maintenant tous les âges. (…)
Le monde explose autour de nous… les glaciers fondent, les océans montent, les îles de nos rêves bientôt seront englouties, et nous sommes toujours des « analphabètes du sentiment »…
Ariane Mnouchkine - Extraits d’une lettre à un ami –
18 octobre 2006
analphabète du sentiment ?
c'est étrange
mais je n'aurais pas dit mieux

Commentaires
Aurais-je hâte ?