l'autre

mais qui est l'autre ?
non ce n'est pas un billet sur une vieille chanson de mylène [oups ! ma pouffiasso-culture m'a encore trahi] mais bel et bien une critique d'un spectacle brillant, en ce moment à l'affiche au théâtre de la colline

l'autre est un texte de enzo cormann.
j'ai connu cet auteur grâce au prof qui encadrait le cours de théâtre de la M3Q (oui c'est drôle) à Poitiers où il avait monté Berlin, ton danseur est la mort.
j'avais intégré la distribution pour une reprise du spectacle.
au début, je n'avais qu'a me tenir au fond de la salle pour attendre mon tour (pour une courte apparition dans un rôle de soldat allemand).
j'ai alors pu découvrir la pièce, qui s'ouvre par un long monologue, comme un spectateur privilégié, ma solitude dans la salle rejoignait la solitude de gretl, dans cette cave d'un immeuble berlinois d'après guerre...

deux ans, c'est donc possible, parce que tout est possible, deux ans comme cinquante, le luxe comme la misère, la misère comme la joie, la joie comme la pitié, et pour finir qu'est-ce que ça change ? Je peux vivre sous terre, je peux survivre, je peux devenir une bête sauvage, je peux descendre encore, je peux, toujours plus bas, plus noir, plus sale, simple question d'entraînement, on s'habitue à tout, même à l'apocalypse, écœurant!

puis se déroule en flash-back la vie de Gretl, de 1932 à 1946, d'un cabaret berlinois aux griffes d'un peintre nazi, des bras d'un amant communiste à ceux de la douce nelle...

la beauté et la violence de ce texte, la simplicité de la scénographie pourtant chargée d'images fortes... j'ai su que c'était comme cela que je voulais faire du théâtre

je remercie les personnes qui animent des ateliers comme celui auquel j'ai participé à Poitiers et celui auquel je participe maintenant de m'avoir fait découvrir pléthore d'auteurs contemporains, et une vision du théâtre touchant autant à la création, qu'à la déconstruction.
ce sont aussi ces gens là, qui par leur passion qu'ils transmettent, créent un public.

bon pour les deux ou trois qui n'ont pas encore zappé, vous aurez tout de même droit d'en savoir un peu plus sur cette pièce qui m'a amené à commencer ce billet passionnant

donc qui est l'autre ?

deux femmes se rencontrent, pas par hasard, sans le savoir elles ont partagé le même homme, l'autre, qui avait une double vie, l'homme aux deux adresses et qui a maintenant disparu.
une question restera en suspend

on retrouvera lila et mado pour 3 explications, déroutantes... les deux actrices servent magistralement un texte dense, au couteau...

la mise en scène est de l'auteur lui-même, le décor est constitué d'imposants panneaux qui évoluent et métamorphosent l'espace, mais sans l'alourdir... l'essentiel est entre les mains de ces deux femmes, de ces deux actrices, elles n'ont qu'un seul outil, elles-même, et pourtant elles construisent sous nos yeux un très beau spectacle... vraiment...

je me noie dans ce post indigeste, drôle de coïncidence d'aller voir ce spectacle avec un des cousins machins, l'autre c'est moi qui construit deux vies et les relie, des heures de préliminaires avec l'un pour jouir dans l'autre, raconter la même anecdote et m'étonner de leurs semblables réactions, partager mon intimité, me couper en deux, les laisser s'imprégner de la moitié de moi, peut-être qu'eux aussi, comme lila et mado recolleront les morceaux, sans moi... pour l'instant je les laisse faire, la vie et l'amour ne sont pas des jeux où l'on énonce d'abord des règles claires... Mnouchkine en parle très bien mais cela c'est pour un prochain post

enfin je ne pouvais pas finir sans ça...

Mais qui est l'autre
Quel étrange messager
Mais qui est l'autre
Ton visage est familier
Mais qui est l'autre
En toi ma vie s'est réfugiée
C'est un ami, c'est luiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

Commentaires

Eltan a dit…
mmm je suis surpris de ta capacité à te couper ainsi en deux ;-)
Pour en avoir fait 10% de ce que tu fais, ca m'avait pété à la gueule en moins de 3 semaines!
les tamaris a dit…
@ eltan : sincèrement merci d'avoir mis un commentaire sur ce billet qui a été long à écrire et certainement pénible à lire ;)

sinon je pense que ma lâcheté naturelle me poussera à attendre que ça me pète à la gueule c'est sûr...
Anonyme a dit…
Et de trois ;)
Moi aussi je peux laisser un commentaire (même si tu sais, j'ai pas la tête à bloguer en ce moment...).
Pour le dernier paragraphe, pas envie de commenter ici. Tu sais ce que j'en pense.