allo maman bobo
dimanche soir, appel téléphonique hebdomadaire à la maison.
hystérectomie, le fœtus, que je fus, homeless.
je pense à la douleur, physique, psychologique surtout.
je pense que je ne sais pas si elle a des amies sur qui s'épancher.
je pense que je ne sais pas si je saurais trouver les mots.
je pense "et si c'était moi qui était malade je leur dirais quoi ?"
je pense qu'il faut que je prenne un billet de train pour aller la voir à l'hôpital.
je pense que tout cela est dans l'ordre des choses.
je pense que ça ne va pas aller en s'arrangeant.
je voudrais ne plus penser.
je pense à ma prof de théâtre qui a dit qu'une musique trop illustrative ce n'est jamais bon... tant pis.
comme toujours c’est ma mère qui décroche.
j'entretiens avec mes parents une distance respectueuse, fruit d’une éducation un peu vieillotte prodiguée par des enfants passés à côté de 68 et qui m’ont par exemple toujours demandé de les vouvoyer... (cette distance leur permet en retour de ne pas me poser les questions auxquelles ils ne voudraient pas entendre les réponses et à moi de ne pas souffrir d'avoir à leur cacher une grande partie de ma vie).
si la relation père/fils peut virer à l’indifférence (mutuelle) de deux mondes parallèles, c’est avec ma mère que je maintiens le peu de cohésion familiale qu’il nous reste et que je m'astreins donc à ce coup de fil dominical pour échanger courtoisement les dernières nouvelles (ça évite au moins que ça ne soit elle qui appelle à un moment inopportun).
la conversation tourne autour de l’avancée de la cuisine, j’étale mes performances bricolagesques, les pitreries du chat, le beau temps du début d’après-midi balayé par la pluie, l’art de se parler sans ne rien se dire, bien rodé entre nous depuis des années.
j'entretiens avec mes parents une distance respectueuse, fruit d’une éducation un peu vieillotte prodiguée par des enfants passés à côté de 68 et qui m’ont par exemple toujours demandé de les vouvoyer... (cette distance leur permet en retour de ne pas me poser les questions auxquelles ils ne voudraient pas entendre les réponses et à moi de ne pas souffrir d'avoir à leur cacher une grande partie de ma vie).
si la relation père/fils peut virer à l’indifférence (mutuelle) de deux mondes parallèles, c’est avec ma mère que je maintiens le peu de cohésion familiale qu’il nous reste et que je m'astreins donc à ce coup de fil dominical pour échanger courtoisement les dernières nouvelles (ça évite au moins que ça ne soit elle qui appelle à un moment inopportun).
la conversation tourne autour de l’avancée de la cuisine, j’étale mes performances bricolagesques, les pitreries du chat, le beau temps du début d’après-midi balayé par la pluie, l’art de se parler sans ne rien se dire, bien rodé entre nous depuis des années.
et puis, au détour de considérations sur l'intérêt des plaques à induction (rapides et économiques), et ayant déjà demandé deux fois "et vous alors quoi de neuf ?", ma mère finit par lâcher "je dois me faire hystérectomiser".
dans une autre vie, j'aurais demandé hilare si ça voulait dire que j'avais des petits frères cachés dans le congélo... mais je n'ai pas la répartie d'un Desproges. j'étais désarçonné par le désarroi de cette femme de 53 ans à qui on va ôter une part de sa féminité (au passage une semaine d'hôpital et trois de repos). une femme à qui on n'a pas envie d'expliquer que c'est une opération de routine, que physiologiquement parlant cela ne va rien changer (surtout à son âge), parce que ce n'est pas une femme, c'est une mère, votre mère qui a l'utérus ravagé par deux grossesses et le temps qui passe.
ma mère vieillit, me rappelle que moi aussi, l'enfance s'éloigne, s'effacehystérectomie, le fœtus, que je fus, homeless.
je pense à la douleur, physique, psychologique surtout.
je pense que je ne sais pas si elle a des amies sur qui s'épancher.
je pense que je ne sais pas si je saurais trouver les mots.
je pense "et si c'était moi qui était malade je leur dirais quoi ?"
je pense qu'il faut que je prenne un billet de train pour aller la voir à l'hôpital.
je pense que tout cela est dans l'ordre des choses.
je pense que ça ne va pas aller en s'arrangeant.
je voudrais ne plus penser.
je pense à ma prof de théâtre qui a dit qu'une musique trop illustrative ce n'est jamais bon... tant pis.

Commentaires
...sinon pour faire une rime riche et rebondir dans la conversation avec ta mère biologique, tu aurais pu placer: "ah, tu te fais hystérectomiser ? Bin, c'est drôle parce que moi, je me fais souvent ...iser !"
prend du recul: tu n'es ni l'amie, ni la psy de ta mère. Pense à tous les avantages: régles oubliées, ménopause allégée!!! ça compte pour l'entourage ...
@ higgins : mdr mais je crois qu'il y a trop de lettres pour arriver à caser "hysterctomiser" au scrabble...
@ f. : merci de ton message, je te réponds plus personnellement dès que j'ai le temps
Mais ce sont des choses dont on se rend compte souvent trop tard...
Donc, le billet de train, ça pèse lourd dans ton budget mensuel ? ;-)
@ jp : c'est plus le temps qui va être dur à trouver...