madame J et la croix verte

j'utilise rarement ce blog pour donner mon avis sur l'actualité ou mes réactions face à la frénésie du monde qui nous entoure

déjà, je ne suis pas sûr qu'il soient toujours des plus pertinents et puis il y a tellement de gens qui font ça mieux que moi ! Autant se contenter de lancer la carrière de mannequin de sushi

mais étant un peu de la partie, je ne peux pas m'empêcher de réagir à la bataille qui oppose en ce moment la grande distribution aux apothicaires.

Par une publicité, largement diffusée sur TF1 et M6 (sous le regard bienveillant du CSA), il nous est expliqué que les médicaments non remboursés sont de plus en plus cher et qu'en les vendant en supermarché le pouvoir d'achat du pauvre et souffreteux consommateur sortirait grandi d'au moins 25%

les apothicaires menacés se sont défendus par voie de presse et ont réussi à faire interdire le pamphlet (jugement en appel jusqu'au 7 mai).

Ils affirment notamment que les prix des médicaments non remboursés ont moins augmenté que ceux du lait... et que bien sûr, eux, défendent un VRAI service de proximité avec conseils et tutti quanti... dont acte

le problème est que cette réponse esquive un problème réel : le prix des médicaments déremboursés

il faut rappeler certaines bases du système de santé français : les médicaments pris en charge par l'assurance maladie se voient imposer leurs prix par les services de l'état, sur la base notamment de leur intérêt thérapeutique.
il se trouve que par souci d'économie, un bon nombre de médicaments sont passés par la case "déremboursement", et les laboratoires qui les commercialisent ont pu ainsi fixer eux même le prix auquel ils souhaitent les vendre... et forcément comme ils vont être moins prescrits, pour compenser la baisse des ventes, les prix ont tendance à doubler. Par exemple un célèbre veinotonique est ainsi passé de 5,51 à 8,70 €... à ce tarif on pourra bientôt faire coter en bourse ses hémorroïdes.

mais le plus problématique, c'est qu'en général ces médicaments n'ont pas été déremboursés par hasard... la plupart d'entre eux sont de très vieux produits, des remèdes de grand-mère à l'efficacité plus que douteuse, qui profitent de la situation pour s'offrir un bon lifting à coup de marques ombrelles et de présentoirs chatoyants...

au lieu de faire disparaître ces simili-placebo les autorités compétentes ont juste choisi de ne plus les payer... et de fermer les yeux - voire d'encourager - un nouveau commerce libéralisé, là où il y aurait plutôt des efforts à faire en éducation thérapeutique, le plus souvent en remplaçant le réflexe médicament par de simples règles hygieno-diététiques
on ne dira jamais assez qu'on est un des pays d'Europe qui consomme le plus de médicament, avec notamment un taux record de remplissage des ordonnances à la sortie de la consultation.

alors ce n'est pas toujours la faute du détaillant à croix verte mais Monsieur L. n'a pas forcément tort en disant que les médicaments d'automédication sont de plus en plus chers... reste à prouver qu'en les prenant la fameuse madame J ira mieux...




deuxième question : est-ce une raison pour s'attaquer ouvertement au monopole ?

j'ai une suffisamment haute idée de ce qu'est le médicament pour me dire que ce n'est pas un produit de consommation courante qu'on achètera parce qu'il y avait une belle promotion sur les sirops

reste que j'aimerais aussi que les apothicaires qui voulaient vendre des petits pois jettent un oeil dans leurs vitrines...

une simple visite du salon qu'a découvert sameplayer cette année suffit à donner le ton : produits qui n'amaigrissent que le portefeuille, crèmes à la DHmachin, compléments alimentaires douteux... ils sont les complices consentants de toutes sortes de marchands de poudre de perlimpinpin qui se payent même le luxe de cautionner leurs publicités par le fameux "vendu en pharmacie"... comme si ça pouvait donner une quelconque valeur à leur pilules miracles

alors quand on se défend de mener une vraie mission de santé publique, est-ce qu'on pourrait éviter de tomber dans les aléas de l'épicerie spécialisée ?

reste un métier qui n'est pas des plus facile, qui est le fruit de longues études et que j'ai foi en la nouvelle génération qui, plus sensibilisée que la précédente à démontrer sa valeur ajoutée, pourrait arriver à redorer le blason de cette profession.
une aide certaine serait de reconnaître - et donc de rémunérer - l'acte de dispensation : je trouverais en effet plus intéressant qu'un professionnel hautement formé soit payé aux conseils qu'il donne plutôt qu'au nombre de boites qu'il vend... ça changerait peut-être la donne sur beaucoup de choses...

en attendant le moral de la profession est au plus bas, mais une chose est sûre c'est que la perdante ce sera toujours la pauvre Madame J, à qui la grande distribution arrivera à lui vendre à coup de têtes de gondole, des tonnes de gras et de sucres cachés dans du chocolat de mauvaise qualité et trois rayon plus loin des gélules en gélatine naturellement extraite de bœuf tout fou remplies d'extraits de plantes concentrées pour transformer le gras et le sucre en protéines amaigrissantes grâce à leurs petits bras musclés (j'exagère à peine)

et que si elle a un doute - cette conne - tout ce que lui dira son pharmacien c'est qu'en fait il ne les vend pas 25% plus cher que Monsieur L et qu'au moins en les achetant chez lui, elle encourage les services de proximité et la défense de la santé publique (j'exagère à peine)

Commentaires

Anonyme a dit…
Si c'était juste pour encourager le commerce de proximité, on pourrait tout aussi bien acheter nos pâtes chez l'épicier en bas plutôt qu'à Carrefour.
Malgré un grand respect pour la profession de la pharmacie, et avant de savoir ce que donneront les nouvelles générations, pour en avoir cotoyé un grand nombre tout au long de ma vie, j'ai souvent constaté qu'ils étaient hélas davantage assimilables à des épiciers qu'à des professionnels de santé. Outre que ce soit regrettable, c'est leur confiance qui est mise à mal.
Encore trop nombreux sont les pharmacies qui acceptent de ne pas donner de générique à la demande du patient, ou même pire qui n'en ont pas pour des produits de base comme le paracétamol.
Enfin, on pourra toujours acheter du chocolat trop sucré en grandes surfaces et acheter des gelules amincissantes en pharmacie, le problème restera entier.
Enfin, quant aux conseils des phramaciens, très souvent ils sont liés au dernier produit conseillé par le commercial du laboratoire passé la veille. Et ça aussi, ça ne grandit pas la confiance qu'on devrait leur donner.
sameplayer a dit…
Un post qui renvoie sur Sameplayer est forcément excellent.
Je suis d'accord avec TOUT ce que tu dis, c'est une honte !