mon cousin qui sait tout faire

dimanche dernier était une grande fête de famille : les cent ans de mémé ce n'est pas tous les jours. j'y ai revu plein de gens que j'aime plus ou moins et surtout mon-cousin-qui-sait-tout-faire.

j'ai une profonde admiration pour mon-cousin-qui-sait-tout-faire, et ce depuis tout petit (il a 8 ans de plus que moi). Comme son nom l’indique, mon-cousin-qui-sait-tout-faire sait faire pleins de trucs

ado, il faisait des maquettes de bateau radioguidées qu’il faisait naviguer pour de vrai, mais il faisait aussi du vrai catamaran, de la planche à voile et il était toujours super équipé, puis il a passé son permis, et il a eu une super voiture (une 309 !!), il faisait plein de soirées avec ses amis, c’était un peu comme quand j’avais vu la boum à la télé : j’espérais que quand je serais grand ma vie serait comme ça…

c'est un bricoleur émérite, notamment dans la maison de ma grand-mère en bretagne : aussi à l’aise pour poser du carrelage, déboucher un évier… et faire de la super tambouille pour tout le monde (normal il sait tout faire)

pareil dans sa maison à lui : il casse les mûrs, monte un bar, rénove toutes les pièces, monte du lambris, s’occupe du jardin (il a un super potager).

il sait aussi coudre et faire de super déguisements pour les 1ers de l’an.

il a même retapé la DS de mon grand père tout seul, un peu de mécanique, un peu de carrosserie… moi j’ose à peine ouvrir le capot de ma voiture…

enfin bref, c’est mon-cousin-qui-sait-tout-faire

en grandissant l’admiration s’est transformée en affection, je pense même un peu plus. mon-cousin-qui-sait-tout-faire est très à mon goût (petit brun poilu et jolis yeux bleus, musculeux mais pas trop… s’empâte juste un peu en vieillissant).

j’ai très vite senti qu’il était homo : j’étais au lycée, je commençais à peine à comprendre que je l’étais. mon-cousin-qui-sait-tout-faire ne s’affichait pas ouvertement mais je crois que ça me rassurait de me dire que quelqu’un comme lui l’était.

bien évidemment je n’ai jamais osé lui demander mais j’en ai eu confirmation l’été 1996 en passant chez lui à l’improviste et en le dérangeant en pleine sieste crapuleuse avec… "un ami" (moment en bonne place dans le top 10 des plus grosses hontes de ma vie).

quelques années plus tard, c’est moi qui suis venu passer un week-end dans la maison familiale avec mon copain de l’époque. Il y avait d’autres cousins présents qui m’ont tout de suite fait sentir que c’était très bien que je sois venu avec lui, mon-cousin-qui-sait-tout-faire n’a rien dit, personne ne savait pour lui à l’époque.
se sont passées alors quelques années de non-dits idiots, "outés" mutuellement mais ne s'en parlant pas vraiment non plus. j'étais même triste pour lui d'imaginer sa vie de PD de province, visiblement assez solitaire, voire tendance à s'amouracher vainement de ses vieux copains hétéros...

retournement de situation l’année dernière : il m’annonce au téléphone venir à la maison avec "son copain". surpris (et content) je fus, d’autant plus que le dit copain est le même que celui avec qui je l’ai surpris 9 ans auparavant !! (ils ont joué au tourbillon de la vie en attendant) et moi de retrouver mon-cousin-qui-sait-tout-faire tout transformé, qui s’assume enfin, qui présente son copain à tout le monde, qui a l’air beaucoup plus épanoui, qui installe son chéri à domicile faisant cohabiter chat et chien… un vrai conte de fées…

mais revenons aux cent ans de mère-grand : toute la famille arrive au compte-goutte. nous étions une soixantaine répartis sur 4 générations. beaucoup ne se sont pas vus depuis un bail, les enfants ont grandi. mon petit frère fait attraction : le gamin est devenu un jeune homme qui me ressemble terriblement au même âge.

arrive alors mon-cousin-qui-sait-tout-faire, accompagné de… son copain, invité officiellement. je ne pensais vraiment pas qu’il assumerait à ce point. bien sûr ma grand-mère n’a pas du comprendre de qui il s’agissait (si ça se trouve elle l’a pris pour un de ses petits enfants, elle n’en reconnaît plus la moitié…) mais je n’ai senti personne s’émouvoir de la présence de ce couple gay.

le dimanche soir mes parents sont venus dîner à la maison.
toujours acerbe avec sa belle-famille, mon père a commencé à ironiser sur le poids d’une de mes tantes, le dentier de ma grand-mère et s’est cru malin de sortir : « enfin le clou de la journée c’était quand même la benoîte et sa tantouse, quand même... il pourrait nous cacher ça, c’est honteux… heureusement que la vioque elle capte plus rien… »

je n’ai jamais eu aucun espoir d’obtenir de lui une autre réaction. en vérité, j’avais même anticipé ce moment, ce moment où j’aurais pu lui cracher à la gueule « tu devrais pas trop rire mon gros, ton fils est PD et vas falloir t’y faire », je trouvais même ça assez cinglant comme coming-out.

mais dimanche soir je n’ai rien dit. j’ai juste été triste,
de lui
et de moi

Commentaires

Anonyme a dit…
ah mince... c'était si bien...
ioio a dit…
soit triste pour lui si tu veux, mais pas pour toi.
vis ta vie, avec ou sans lui
un jour viendra où l'explication arrivera toute seule
Anonyme a dit…
je comprends que tu soit triste.
moi aussi j'avais un cousin plus grand que moi "qui sait tout faire". c'est chiant ce genre de gens montrés en réfèrence, de se voir dire "tu vois comme il est bien, il faudrait que tu sois pareil".
Récemment mon cousin qui sait tout faire est tombé en déprime... finalement sa vie n'était peut être pas si merveilleuse que ça...
les tamaris a dit…
hou la la patapouf, ton WE londonien t'as fatiguer ou alors je ne suis pas clair...

j'adore mon cousin qui sait tout faire... c'est la réction de mon papa qui me rend triste...
Anonyme a dit…
ah mais moi aussi je l'aime beaucoup mon cousin, forcément il est génial et tout le monde l'aime et je voulais être comme lui.
mais bon, les modèles trop parfait ça peut être pesant, et en plus ils sont rarement aussi infaillibles qu'ils n'y paraissent (et heureusement!)
Anonyme a dit…
oups... dommage... toute cette histoire commencait si bien... :S
Anonyme a dit…
j'aurais rêvé d'avoir un cousin pareil.